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1949

Saison inaugurale officielle de la NASCAR

 

Le logo utilisé de 1948 à 1963.

 

L’année 1949 restera à jamais comme la première étape du nouveau championnat NASCAR créé par Bill France Sr.

 

Cependant pour le rappel historique complet je vous renvois à la partie « histoire de la NASCAR » disponible sur le site dans la rubrique « Nextel ».

Il a déjà été évoqué dans la rubrique « REPORTAGE/HISTOIRE/course historique » la première course officielle de la NASCAR du 19 juin 1949. C’est donc à partir de ce sujet que ce reportage est conçu. La première partie va être une mise en situation rapide (ex : rappel du règlement) puis ce sera l’histoire de la saison 1949 qui sera évoquée de façon chronologique.

 

Je tiens à préciser que grâce à mes sources personnelles et aussi à mon ami Greg Fielden, grand historien de la NASCAR, j’ai pu établir avec des documents d’époques, essentiellement les journaux locaux, des recoupements et ainsi corriger certaines erreurs ou oubli dans les statistiques qui faisaient références jusqu’alors. Ce sujet n’est qu’un condensé de tout ce travail entrepris il y a tant d’années et qui est loin d’être terminé. Chaque année aura droit à son « résumé ».

Merci aussi à Bob Latford, historien officiel des statistiques pour la NASCAR et pour le Daytona International Speedway qui m’avait transmis énormément de documents par l’intermédiaire de Greg.

 

Cependant ici il ne sera pas question d’un déballage de chiffres mais du résumé de la saison comme une histoire agrémentée de photos.

 

La saison 1949

 

Le terme « Strickly Stock » est utilisé pour nommer la première série de la NASCAR. Strickly veut dire strictement et stock veut dire série donc « Strictement de série ». Cependant des aménagements sont autorisés comme l’allègement des voitures en ôtant le siège passager, banquette arrière, les garnitures intérieures. Par contre l’aspect extérieur doit rester identique à la voiture du concessionnaire, des coupés deux portes. Question mécanique c’est très strict car tout doit être d’origine. Les catalogues de pièces sportives des constructeurs n’existant pas encore. Les voitures acceptées doivent avoir été produite entre janvier 1946 et mai 1949. Les pneus sont des pneus normaux du commerce sans restriction question marque. L’essence au plomb est fournie par la marque Pure Oil (fournisseur exclusif) et son indice d’octane est de 108. Notons encore que les moteurs ont une cylindrée libre du moment que cela est un modèle du commerce. Les gros V8 de 5 à 8L seront largement dominateurs et deviendront vite majoritaires en NASCAR. Le règlement des futures années se basant d’ailleurs sur ce critère.

Le système de points conçu pour la saison 1949 est particulier et ne fera pas l’unanimité. Il ne perdura d’ailleurs que jusqu’à la fin de 1951. Il était basé sur une répartition de points aux dix premiers multiplié par un ratio de 0,05 sur la valeur totale des gains de la course. Bref une course richement dotée rapportait plus qu’une moins dotée d’où vous le verrez le choix de certains pilotes de faire l’impasse sur certaines courses ! A cela s’ajoutait des points de bonus octroyé par les officiels et variant d’une course à l’autre comme 5 points pour la plus belle remontée, pour le pilote le plus fairplay… Et n’oublions pas les points de pénalités infligés aux pilotes trichant et même aux pilotes participant à des séries concurrentes de la NASCAR !!

 

Bill France veut que cela coûte le moins cher possible. Une voiture neuve à l’époque coûte entre $3.000 et $4.000. La NASCAR a besoin des sponsors locaux pour organiser ses courses car l’organisation d’une seule course coûte à l’association $1.0000. Dans ce prix est compris les dépenses pour les gains des pilotes, la publicité pour la course dans les journaux et affiches, la venue des services de police, ambulance et pompiers mais aussi l’hébergement, la nourriture et le prix du voyage pour Bill France et ses 4 collaborateurs à temps plein. Les recettes des circuits ne reviennent pas encore en partie à la NASCAR. Le prix moyen des places étant entre $0.25 et $0.75. Le seul revenu que la NASCAR perçoit sur un circuit provient des frais d’inscriptions des pilotes. Inscrire une voiture coûte $10 pour une course. La NASCAR empochera donc 210 X 10 = $2.100 de frais d’inscription sur l’ensemble de l’année. Sur les $80.000 que l’organisation de la saison aura coûté à Bill France il est évident que sans l’argent des sponsors cela aurait été un véritable gouffre financier !

 

Un bref rappel historique s’impose. Peu après la création de la NASCAR, Bill France, son fondateur, organise le 27 février 1949 une course expérimentale reprenant le règlement du futur championnat Strickly Stock. C’est le speedway asphalté (ce qui est rare à l’époque) de près de 2 miles de long de Broward en Caroline du Nord qui est choisit. Au programme 3 courses : une de 100 miles pour le Grand Prix National de Roadster ; une course de 25 miles pour les voitures de sport européennes et enfin une course sprint de 10 miles (5 tours) pour les Strickly Stock. Si Bob Flock gagne la course des Roadster devant Jim Rathmann, si Tom Demetry gagne en catégorie sport, c’est Benny Georgeson sur une Buick qui est déclaré vainqueur de la manche du Strikly Stock devant Eddie Mitchell sur une Mercury. Il est toutefois difficile pour Bill France d’évaluer le réel impact auprès du public de sa course car elle n’était pas la vedette du meeting. Enfin c’était un bon test et dans 4 mois les choses sérieuses vont réellement commencer.

 

Fin Mars 1949, Olin Bruton Smith, directeur de la NSCRA qui est la principale fédération concurrente de la NASCAR, déclare dans la presse que la future NASCAR ne vaudra rien. Il lance le défi à Bill France d’essayer de prouver le contraire. Ce que Bill relève et compte bien gagner.

 

Course n°1 :

 

Big Bill veut vraiment marquer le coup et organise son premier championnat « National » qui seul déterminera le véritable champion des Etats-Unis. La course inaugurale sera un « marathon » de 150 miles et aura lieu le 19 n juin 1949 à Charlotte en Caroline du Nord. Cet état deviendra d’ailleurs par la suite le fief de la NASCAR. La particularité de l’épreuve est le fait d’être « richement » dotée pour une course de stock car : $5.000 dont $2.000 pour le vainqueur.

Première bonne surprise car ce n’est pas moins de 33 pilotes qui s’inscrivent pour la course. La NASCAR veut des voitures (coupé deux portes) de série. Beaucoup de pilotes arrivent sur le circuit en conduisant leur voiture de tous les jours qu’ils ont à peine eu le droit de modifier. La piste en terre battue (dirt track) fait 3/4 de mile et 200 tours seront à faire. Cette piste construite par Harvey et Pat Charles fut immédiatement vendue au couple C.C. Allison et à son ouverture le 11 juillet 1948, acquiert le nom de speedway. Jusqu’à présent, deux courses de « modified » s’y sont déroulées.

 

Sara Christian, seule femme au départ. Note : la ceinture de cuir qui maintient la

porte de la voiture fermée même en cas de choc.

 

Les qualifications ont lieu le samedi 18 juin et c’est Bob Flock qui réalise la pole position avec un tour à 67.958 mph de moyenne sur une vieille Hudson 1946 engagée par l’écurie Davis Brothers. Le second n’est autre que son jeune frère Tim Flock conduisant lui une nouvelle Oldsmobile 1949 engagée par Buddy Elliott. La deuxième ligne est occupée par Red Byron sur une Oldsmobile 1949 de l’écurie Parks Novelty Co. Otis Martin étant 4ème sur sa propre Ford 1948. A noter que le troisième des frères Flock, Fonty s’élancera de la 5ème position sur une Hudson 1949 engagée en partenariat par Grady Cole et Bruce Griffin. Le roi des Moonshiners, Hubert Westmoreland engage une voiture pour Glenn Dunnaway (7ème). Jim Roper (12ème) sur Lincoln précède Sara Christian sur une Ford 1947 engagée par Frank Christian, son époux. A noter que dès cette première course de l’histoire, un Petty en l’occurrence Lee est inscrit. Il partira en 9ème position sur sa vénérable Buick Roadmaster 1946. Notons encore que Millard Clothier engage deux Lincoln pour Jim Roper. La deuxième voiture devant servir de backup car. Cela dit Bil France suggère à Clothier de confier sa seconde Lincoln à un pilote local Bill Blair. Il ne le regrettera pas ! Enfin une histoire inattendue concerne Tim Flock et mérite d’être racontée. Tim est le seul des frères Flock à n’avoir jamais disputé de course et il est bien décidé à participer. Alors qu’il marche avec son frère aîné Bob dans le paddock il aperçoit une magnifique Oldsmobile 88 de couleur orange. Bob le met au défi d’aller trouver le propriétaire de la voiture et de lui demander s’il accepterait de le faire rouler en course. Il le prend au mot et se dirige vers Buddy et Betty Elliott, les propriétaires de la voiture et fait sa demande. Betty regarde Tim et lui demande s’il sort d’une institution psychiatrique… Buddy lui propose de revenir le voir car il conte en parler à son épouse le soir même en rentrant chez eux à Hildebrand, une ville toute proche. Il faut savoir que les Elliott sont là en tant que spectateurs et non comme propriétaire d’une écurie de course ! Le lendemain la réponse de Buddy est oui et il invite Tim à le rejoindre chez lui pour préparer la voiture. Tim saute à bord de l’Oldsmobile et s’en va travailler toute la nuit dans le garage des Elliott. Le jour suivant il revient au circuit avec sa superbe voiture orange arborant le #90 et signe un magnifique 3ème chrono en qualification. Félicité par ses frères, Tim sait maintenant qu’il sera pilote de course.

 

En tout il y a 9 marques automobiles représentées : Lincoln, Hudson, Ford, Oldsmobile, Cadillac, Buick, Chrysler, Kaiser et Mercury.

 

Le lendemain, dimanche 19 juin, les choses sérieuses commencent. La foule est estimée à 22500 personnes mais les statistiques ne retiendront que les 13000 qui ont payé leur place. Le pace car s’élance pour 3 trois devant les 33 pilotes. Les voitures ne sont certes pas aussi décorées qu’aujourd’hui, beaucoup étant noires, blanches, parfois rouge (2), une orange et une grise. Les numéros et les rares sponsors (souvent le nom du garage d’où provient la voiture est peint à même la carrosserie). Les sponsors sans rapport avec le monde de l’automobile ne feront leur apparition que bien plus tard.

 

Le départ de la première course de l’histoire. Otis Martin #19 devant Red Byron #22.

 

C’est Alvin Hawkins qui agite le drapeau vert permettant à la meute de débuter la bataille. Dès le premier virage, la foule crie son excitation car les voitures emmenées par le poleman Bob Flock roulent pare-chocs contre pare-chocs. Au 6ème tour, Bill Blair sur Lincoln prend le commandement qu’il gardera jusqu’au 150ème passage. C’est Mr Clothier qui est content ! Au 38ème tour Bob Flock, le premier poleman et premier leader d’une course de l’histoire abandonne sur casse moteur, il a fait un surrégime fatal en ratant une vitesse. Toutefois il reprendra la course en remplacement de Sara Christian qui ne peut plus soutenir l’effort ayant trop mal aux bras. Au 107ème tour la course est ralentie sous drapeau jaune suite à l’accident de Lee Petty qui part en tonneau avec sa Buick Roadmaster de 1946. Il faut savoir qu’il était venu deux jours plus tôt avec sa famille (dont son fils Richard) par la route depuis Level Cross. Il sera obligé de travailler dans un garage local pour payer les réparations et ainsi pouvoir retourner chez lui. Malgré le choc, Lee Petty n’est pas blessé sérieusement. Il naviguait pourtant à 2 tours des leaders et n’avait rien à espérer de la course. Cela restera le premier crash de l’histoire.

 

Lee Petty #38 en mauvaise posture. Jimmy Thompson #36 échappe au massacre.

 

Bill Blair roule à un rythme effréné, tellement soutenu qu’il abandonne sur surchauffe moteur alors qu’il était en tête de la course. Ces mécaniciens tenteront bien de refroidir l’eau du réservoir mais en vain. C’est Glenn Dunnaway qui s’empare donc du commandement au 151ème tour, le pilote originaire de Gastonia également situé en Caroline du Nord ne quittera plus la 1ère place jusqu’à l’arrivée. Il finit devant Jim Roper avec 3 tours d’avance, ce dernier étant contraint de ralentir sur la fin car son moteur surchauffe et menace de rendre l’âme. A l’arrivée c‘est la folie, les journalistes assaillent Glenn de questions et la foule le congratule.

 

La Ford de Glenn Dunnaway confisquée pour vérifications techniques.

 

Cependant, Al Crisler, inspecteur en chef de la NASCAR demande à contrôler la voiture du vainqueur car il trouvait étonnant de la voir si stable dans les virages par rapport aux autres voitures. Son intuition était bonne car la Ford est équipée de suspensions arrière non conformes et est disqualifiée. C’est la stupeur dans l’enceinte du circuit à l’annonce par les hauts parleurs de la décision de la NASCAR de déclarer Jim Roper vainqueur.

 

Jim Roper sur Lincoln, vainqueur sur tapis vert.

 

Hubert Westmoreland s’insurge et crie au scandale mais perd sa voix quand on lui demande de s’acquitter d’une amende de $10000 pour préjudice envers la NASCAR. Cependant le Juge John J. Hayes annulera l’amende quelques jours plus tard. Le seul satisfait est Jim Roper car s’il n’y avait pas eu Dunnaway devant lui, la course aurait du aller à son terme et il sait bien que sa voiture n’aurait jamais tenu 3 tours de plus. A noter que Bob Flock termine finalement 14ème pour le compte de Sara Christian.

Charlotte fut un immense succès, une prémices de ce que deviendra la NASCAR avec les années. Pourtant un message est passé : quiconque tentera de tricher et se fera prendre sera disqualifié purement et simplement.

 

Voilà le championnat est lancé et il faudra patienter jusqu’au 10 juillet pour confirmer cette première impression de réussite.

 

Course n°2 :

 

La deuxième course a lieu sur un circuit déjà rendu mythique par Big Bill, il s’agit de la course de Daytona Beach en Floride courue le 10 juillet. Ce circuit est atypique puisque conjuguant le sable blanc de l’Atlantique et le bitume de la nationale A1A. D’une longueur de 4,15 mile et avec ses deux virages, le Nord et le Sud cela sera fort différent de l’épreuve de Charlotte. Seulement 28 pilotes répondent à l’invitation, il faut dire que pour l’époque la distance séparant les deux villes est suffisamment importante pour en rebuter plus d’un. D’ailleurs seulement 15 pilotes étaient déjà présents à Charlotte. C’est la même situation avec les spectateurs puisque de 13000 lors de la manche inaugurale on tombe à 5000.

 

La qualification est particulière à Daytona puisqu’il s’agit de parcourir un mile départ arrêté et ce le plus vite possible. Cette année il a lieu sur la nationale, pour les autres éditions utilisant ce procédé cela se fera toujours sur la partie plage de la piste. Gober Sosebee parvient à décrocher la pole sur son Oldsmobile ’49 engagée par Léon Chester. Le matériel hormis la voiture étant loué à l’écurie Davis Brothers qui disparaîtra bientôt de la scène. Red Byron s’empare du 2ème temps sur son Oldsmobile ’49 de chez Parks Novelty, l’écurie de Raymond Parks qui est en cette année 1949 le Jack Roush de maintenant. Billy Garden est 3ème sur la Ford vieille de 2 ans et appartenant à David Chester, le frère de Léon. Donc dès le début la NASCAR est et restera pour toujours une discipline familiale.

Red Byron en action dans le virage Nord.

 

Le départ est donné malgré un fort vent d’Est balayant le sable de la plage sur la nationale. Sosebee rate son départ et se fait passer par Joe Littlejohn qui surgit depuis la 4ème place sur la grille. Littlejohn rate le virage Nord, celui raccordant la plage à la nationale et laisse le champ libre à Sosebee. Ce dernier va s’échapper. Au deuxième tour, Louise Smith part en tonneau dans le virage Nord et reste sur le toit. Plusieurs spectateurs lui viennent en aide pour remettre son Oldsmobile sur ses roues. Elle repart avec un tour de retard et en dernière position. Elle va cependant faire une remontée incroyable pour terminer à une magnifique 6ème place. Le 1er top10 pour une femme. Le malheureux Glenn Dunnaway abandonne rapidement, il a du créer sa propre écurie après sa disqualification de Charlotte et sa Lincoln souffre, sa calandre laisse trop facilement le sable pénétrer dans le compartiment moteur et ce sable très fin de l’Atlantique enraye la machine. C’est l’abandon et pour la 2ème fois en 2 courses Dunnaway figure dernier au classement. Curtis Turner connaîtra le même problème peu après.

 

A la mi course Bob Flock, le coéquipier de Byron abandonne sur suspension cassée, pas d’inquiétude pour autant pour Byron car Flock utilise une Ford. Dans la foulée Riley « Buckshot » Morris se crashe dans une palissade en bois dans le virage Nord. Morris est un mécanicien mais il a obtenu de sa patronne Sara Christian d’utiliser la Ford que celle-ci avait conduite à Charlotte. La Ford sera totalement déclassée mais Morris s’en sortira indemne. La course se poursuit et Sosebee est vraiment au-dessus du lot, il mène les 34 premiers tours soit 85% de la course ! Mais à l’entame du 34ème tour il rate le virage Nord en rebondissant sur les ornières creusées dans le sable et passe de l’autre côté de la dune de sable servant de banking. Il mettra une bonne trentaine de secondes pour réussir à reprendre la piste toujours en tête mais un de ses pneus crève et il doit laisser passer Byron. Sosebee finira 8ème une course qu’il aurait à coup sur gagné. Red Byron lui n’en demandait pas autant, il était largué par Sosebee mais lui-même avait largué son poursuivant direct Tim Flock. Il ne reste que 5 tours et Byron va maîtriser sa monture pour finalement couper la ligne d’arrivée avec 1 minute et 51 secondes d’avance sur Flock. Frank Mundy termine 3ème suivit par Littlejohn et Bill Blair 5ème et dernier dans le tour du leader.

Avec cette victoire et sa 3ème place de Charlotte, Red Byron prend la tête du championnat d’autant plus facilement que Jim Roper, le vainqueur de la 1ère course, n’était pas présent et que Fonty Flock, le 2ème du championnat ne termine que 19ème et donc ne marque pas de point. La course aura duré 2 heures 3 minutes et 13 secondes et a bien failli être stoppée à cause de la montée de la marée, le vent puissant créant de grandes vagues. La moyenne est de 80.883 mph et ce sera la course la plus rapide de l’année. Malgré les différents accidents dont le tonneau de Sara, il n’y aura pas eu de drapeau jaune, le circuit étant si grand et large que cela ne fut pas jugé nécessaire.

 

Louise Smith

 

Cette course est aussi historique car c’est la première fois que trois femmes sont au départ d’une course. Sara Christian (6ème), Ethel Mobley (11ème) qui n’est autre que la sœur de Tim, Bob et Fonty Flock et Louise Smith (18ème). Il faudra attendre 1977 pour revoir 3 femmes en même temps au départ d’une course. Pour 4 frères/sœur, on attend toujours…

 

Course n°3 :

 

Il faut attendre encore près d’un mois pour voir la troisième course. Le 7 août, 28 pilotes se retrouvent à Hillsboro en Caroline du Nord. C’est la 2ème course dans cet état qui va dans le futur être le fief des écuries de NASCAR. Le petit ovale d’un mile se situe exactement à Occoneechee. Il y aura 200 tours à parcourir.

Bob Flock obtient la pole position devant son frère Tim. Le départ est donné et il fait très chaud, la piste est en terre battue et une immense poussière se soulève pour envahir le ciel. Les pauvres 17500 spectateurs ne voient pas grand-chose et des sifflets retentissent. La décision est prise par les officiels. On va arroser la piste. Le drapeau rouge sera sorti quand les camions citernes des pompiers seront arrivés ! Pendant ce temps Bob Flock mène malgré la pression de son frère. Au 39ème passage dans le 4ème virage à lieu le 1er « big one » de la NASCAR avec pas moins de 6 pilotes impliqués ! Il s’agit de Red Byron, Sara Christian, Felix Wilkes, Jimmie Lewallen, Jim Carruso et Garland Smith. Garland Smith et Carruso pourront repartir et terminer la course. La raison de l’accident est obscure mais il s’est produit lors du dépassement d’un attardé Jimmie Lewallen par Sara Christian. Elle percute Lewallen et perd sa roue avant droite. Derrière c’est l’empilage… Quand elle essaye de repartir pour rejoindre son stand, Wilkes ne peut l’éviter. La piste est totalement obstruée et Byron le leader du championnat ne peut éviter le « mur » Wilkes. Bob Smith se crash tout seul au 50ème tour. Personne n’a été blessé dans ces différents accidents. Il n’y en aura plus jusqu’à la fin.

 

La course dépasse les 100 tours et la poussière s’estompe, la terre est devenue si dure que l’on pourrait croire que c’est du bitume. Les deux citernes des pompiers sont arrivées mais la course ne sera finalement pas interrompue. Bob Flock n’aura jamais quitté sa place de leader et aura même la vie plus facile quand son frère Tim casse son arbre de roue avant droite au 190ème tour. Il terminera 7ème malgré cet abandon. Bob Flock remporte la course avec presque un tour d’avance sur Sosebee. Il est le troisième vainqueur différent en autant de courses. Tous les autres à commencer par le 3ème Glenn Dunnaway sont à plus d’un tour. L’Oldsmobile 88 gagne sa 2ème course d’affilée. C’est même un triplé Oldsmobile. Après le quadruplé de Daytona, Oldsmobile est à coup sur la marque de voiture qu’il faut pour viser un bon résultat.

 

Pour Bill France et ses acolytes c’est la grande joie car après les trois premières courses, il est évident que la NASCAR est un succès. Bruton Smith et consorts ne peuvent que s’incliner et 58 ans après aucune série automobile n’a réussit à égaler la NASCAR en terme de popularité et de spectacle.

 

Course n°4 :

 

Encore un mois qui passe pour arriver le 11 septembre à Langhorne en Pennsylvanie pour la 4ème épreuve. Cette piste d’ un mile est en fait un immense cercle. Pour corser le tout c’est de la terre battue qui en constitue la surface. Bill France s’exprimera après la course face à la presse avec une certaine émotion dans la voix. Et oui 45 pilotes et 20000 spectateurs ont répondus présent. Ce sera la plus grosse affluence et la plus grosse grille de départ de l’année.

 

Pour la première fois de l’histoire les qualifications se déroulent sur deux tours avec le meilleur qui sera retenu. Ce système est encore employé de nos jours. Red Byron réalise la pole en guise de revanche après son abandon à Occoneechee. Il devance Gober Sosebee, Fonty Flock et Bill Blair. Bref toujours les mêmes aux avants postes. Lee Petty est de retour avec une Plymouth qu’il estime plus facile à conduire car beaucoup moins lourde que la Buick qu’il avait crashée à Charlotte. La Plymouth est moins puissante mais sa légèreté lui confère une plus grande maniabilité et sur la distance d’une course il pense qu’elle sera un avantage. Cependant le meilleur temps des qualifs est à mettre au crédit de Fonty Flock. Mais il l’a réalisé dans le « time trials », autrement dit le 2ème jour lors de la 2ème séance de qualification. La 1ère ligne étant assurée dès le 1er jour. Son temps de 80.140 mph (44.921 sec) lui donne la 3ème position.

Le Brown est un pionnier dans le sens où il est le premier à s’inscrire dans une course de NASCAR avec une « convertible ». Ce type de véhicule décapotable deviendra bientôt une sous catégorie en NASCAR. Cela dit il ne réussit que le 45ème et dernier temps…

 

Lithographie de Marshall Teague (réalisée par Jeanne Barnes)

 

La course fait 200 tours soit 200 miles, c’est donc la course la plus longue de l’année. Red Byron prend le commandement mais très vite les frères Flock se font menaçants. Fonty casse malheureusement son moteur à l’entame du 2ème tour. Byron profite de l’hésitation de Bob Flock dans le nuage de fumée causé par le moteur de Tim pour prendre un peu d’avance. Gober Sosebee passe 2ème et rattrape rapidement Byron pour lui prendre le commandement dans le virage ??? Langhorne étant un seul et même virage ! Cela dit Sosebee pointe en tête au 16ème tour. Walter Minx cause le seul drapeau jaune en se crashant contre la tribune principale sans bobo pour lui. Le restart est donné et Sosebee s’envole puis sa cadence ralentit car sa voiture devient instable à cause d’un fort survirage. Bob Flock en profite pour le rejoindre et le passer au 89ème tour. Il n’a plus aucun adversaire mais voilà qu’il crève un pneu et doit rentrer aux stands à la fin du 140ème tour. A noter que son frère Tim a abandonné au 138ème tour en perdant une roue ! Bob pit et ressortira en 2ème position à presque un tour de Curtis Turner. Flock va tout tenter pour au final terminer à 20 secondes de Turner le vainqueur. Byron est 3ème à un tour mais conforte sa place de leader du classement général. Brown et sa décapotable termine 28ème à 42 tours !! Il n’a pourtant connu aucun pépin particulier durant l’épreuve.

 

Cela dit Sara Christian termine pour la 2ème fois en 6ème position. Cela lui vaut les honneurs des officiels qui l’invitent sur la Victory Lane. Turner pilotait une Oldsmobile. La marque réalise un nouveau triplé et met même 5 voitures dans le top10.

 

Course n°5 :

 

Le Hamnurg Speedway dans l’état de New York sera le cadre de la 5ème manche courue le 18 septembre. Il y a une semaine entre les deux courses. Visiblement c’est trop court pour beaucoup qui doivent remettre leur voiture en état. La piste d’un demi-mile ne voit que 16 pilotes inscrits. Aucun des favoris n’est présent. Pas de Byron le leader du championnat, aucun des trois Flock, pas de Turner le vainqueur de Langhorne… Beaucoup de pilotes sont des nouveaux venus dans la compétition.

 

La pole revient à la seule « star » présente Glenn Dunnaway devant le « rookie » Jack White. Il y a pratiquement que des pilotes originaires du Nord du pays.

La course est cependant une réussite en ce qui concerne son affluence puisque l’on compte 11733 spectateurs. Dunnaway s’envole depuis sa pole position et ne sera jamais inquiété jusqu’à ce que la malchance le rattrape de nouveau. Il mène avec un tour d’avance quand au 134ème tour il perd la roue avant droite de son Oldsmobile. Il doit rentrer aux stands car la victoire est pour lui !! Il n’y parviendra pas car sa voiture s’enfonce dans la terre… Il doit se résigner et voir Jack White prendre le commandement au 135ème tour devant Ray Erickson. White va conduire de façon magistrale pour contenir les assauts d’Erickson jusqu’au drapeau à damier. Il boucle les 200 tours de sa 1ère et seule course de l’année. Il fera encore quelques courses en 1950 et 51 mais ne gagnera plus jamais. C’est donc une Lincoln qui gagne devant une Mercury puis une Ford, celle de Billy Rafter… La première Oldsmobile est celle de Dunnaway en 9ème position malgré son abandon. La piste de Hamburg était très cassante et seules 8 voitures terminent la course. On refera encore une course en 1950 sur cette piste avant de l’abandonner du fait de sa dégradation trop rapide. La terre de la région est trop friable pour supporter les passages répétés des voitures.

 

Course n°6 :

 

Le 25 septembre a lieu la 6ème manche sur le ½ mile de Martinsville en Virginie. 200 tours au programme pour un total de 100 miles. Martinsville est bien la piste qu’utilise encore aujourd’hui la NASCAR mais à cette époque elle était en terre battue et légèrement plus courte. Seulement 15 pilotes sont inscrits et cela inquiète un peu Bill France. Cela dit ici les gros bras ont répondu présent. La course s’annonce donc très disputée.

 

Curtis Turner sur Oldsmobile qui restait sur une victoire enchaîne en réalisant la pole devant Bob Flock lui aussi sur Oldsmobile. La course sera comme attendu très disputée. Le poleman Turner s’emparant dès le baisser du drapeau vert de la tête de la course. Fonty Flock 4ème sur la grille avec sa Buick est le plus rapide et remonte en deux tours à la 2ème place. Mais au 18ème tour il force l’intérieur sur le leader Curtis Turner. Ce dernier a l’arrière gauche fortement abîmé et mettra de nombreux tours à réparer aux stands. Fonty lui n’en a cure et poursuit sa cavalcade en tête mais le choc avec Turner à défoncé sa roue avant droite et au 103ème tour la jante casse alors qu’il est en appui en train de faire l’intérieur sur l’Hudson de Slick Smith. Du coup Red Byron prend le relais en tête et ne lâchera plus cette position jusqu’à l’arrivée. Il gagne avec trois tours d’avance sur Lee Petty qui réalise son meilleur résultat de l’année. Ray Erickson après sa belle 2ème place de Hamburg termine encore sur le podium avec la 3ème marche. Les 10000 spectateurs présents en ont eu pour leur argent. Byron avec cette victoire décroche quoiqu’il arrive le titre pilote. Le système de points particulier lui permettant de ne prendre part qu’à une seule autre course pour s’adjuger officiellement le titre.

 

Course n°7 :

 

D’ailleurs une semaine plus tard le 2 octobre, le petit cirque de la NASCAR se retrouve sur la piste de Heidelberg à Pittsburgh en Pennsylvanie. C’est la 3ème des 4 courses de fin de saison disputée sur des pistes d’un demi-mile en terre battue. 23 pilotes sont présents mais pas Red Byron.

C’est encore un pilote Oldsmobile qui remporte la pole. Cette fois il s’agit de Al Bonnell qui court pour le truand Don Rogalla, plusieurs fois emprisonné pour trafic d’alcool durant la prohibition. C’est la 2ème course de Bonnell après celle de Langhorne déjà courue en Pennsylvanie.

 

Tim Flock

 

La course démarre sur les chapeaux de roues avec le poleman qui casse son moteur au bout de 4 tours alors qu’il était premier. Lee Petty deuxième sur la grille reprend le flambeau et s’en va pour un long cavalier seul qui lui permettra de remporter sa 1ère victoire en carrière. En plus il aura 5 tours d’avance sur son dauphin Dick Linder ce qui en fait le plus gros écart pour une course de NASCAR en 1949. Mais la course fut quand même disputée pour les places d’honneur.

 

Lee Petty déclara sur la Victory Lane aux journalistes : « J’avais dis que la Plymouth était plus légère et que cela paierait. Ce jour ça a payé car même si en ligne droite elle est moins puissante et rapide, elle est tellement plus confortable en virage alors que mon ancienne grosse Buick se comportait en char d’assaut dans les virages mais était une fusée en ligne droite ». Les suspensions de la Plymouth qui au passage remporte sa 1ère victoire en NASCAR auront vraiment permis au pilote de « surfer » sur les ornières de Martinsville. Notez que Petty a aussi enlevé de sa voiture tout ce qui n’était pas nécessaire pour la course, l’allégeant d’autant.

Revenons à la course, après son abandon Al Bonnell va relayer son patron Don Rogalla au 30ème tour sur sa Ford et réussira à terminer 10ème mais à 33 tours du vainqueur ! Glenn Dunnaway qui aura décidément connu une saison pour le moins rocambolesque abandonne au 82ème tour mais va prendre le relais au 85ème tour de Sam Rice qui s’est foulé le poignet sur un retour de volant de sa Chevrolet sur une de ses fameuses ornières. Dunnaway permet ainsi à Rice de terminer 4ème (c’est le pilote qui prend le départ qui est enregistré dans les stats) et ce lors de ses deux seules courses en carrière. Dick Linder sur une Kaiser termine 2ème. Cela restera le meilleur résultat pour cette marque dans son histoire en NASCAR. Sara Christian elle décroche la 5ème place. Cela reste à ce jour le seul top5 obtenu par une femme en NASCAR.

 

Course n°8 :

 

Deux semaines plus tard les 22 pilotes retrouvent la Caroline du Nord pour la 8ème et dernière course de la saison. C’est sur le demi-mile de North Wilkesboro que cela va se passer.

 

Ken Wagner sur une Lincoln réalise la pole devant Bill Blair toujours bon en qualif et malchanceux en course. La course comptera 200 tours et sera la plus disputée de la saison. Red Byron est présent et ne « forcera » pas son talent puisque seule sa présence lui assure le titre. Il va la jouer à l’épicier.

 

Le départ est donné et Bill Blair plonge à la corde et s’empare du commandement devant Wagner qui ne mènera aucun tour. Ce sera la seule pole de Wagner en carrière et il n’aura jamais plus l’occasion de se retrouver en tête d’une course. Blair est impérial mais derrière la bataille entre Lee Petty, Fonty Flock, Bob Flock, Tim Flock et Herb Thomas fait rage. Il y aura des dépassements à n’en plus finir entre ses pilotes. Frank Mundy est le premier à jeter l’éponge au 38ème tour. Tim Flock devant jeter l’éponge au 117ème tour quand son moteur perdra de la puissance.

 

Lee Petty sur sa petite Plymouth « 3 passangers coupe » devant Herb Thomas.

 

Malheureusement pour Bill Blair son moteur perd de la puissance et il se fait rattraper par Bob Flock qui comptait un tour de retard au 160ème tour. Ce dernier prend la tête au 180ème passage et ne la quittera plus malgré les attaques incessantes de Lee Petty. Bob gagnera avec 100 yards d’avance (un yard = 0.914 m soit ici 91,4 m) sur Lee Petty. Ce dernier signe son 5ème top10 en 6 courses et 3ème top5 lors des trois dernières manches. Bob Flock permet à Frank Christian, l’époux de Sara, de remporter sa 1ère victoire en tant que propriétaire et ce n’est pas terminé ! Blair termine finalement 10ème après la casse définitive de son moteur au 191ème tour. Sara Christian termine 12ème et Curtis Turner 9ème complète le succès du team de Frank et Sara Christian. Byron se contente d’une modeste 16ème place sans avoir montré la moindre motivation.

 

Voilà donc Robert « Red » Byron titré alors qu’il n’a participé qu’à 6 des 8 courses de la saison. Il devance de 117,5 points son dauphin au championnat Lee Petty. Byron empoche $1000 pour son titre ce qui porte à $5800 ses gains sur cette saison. Sara Christian termine 13ème du championnat ce qui reste à ce jour la meilleur position d’une femme en NASCAR. Red Vogt gagne le titre comme chef mécanicien et Raymond Parks le titre propriétaire. Ce trio avait remporté le championnat 1948 avec des voitures de la catégorie « Modified », actuellement devenue la 2ème série NASCAR.

 

Red Byron roulera encore 9 courses dans le reste de sa carrière en NASCAR mais jamais plus il ne gagnera. Il restera à jamais le premier champion de l’histoire de la NASCAR. Notons que Jack Russell termine 22ème du championnat ce qui reste la meilleure position jamais obtenue par un chien en NASCAR… Non je plaisante, Jack Russell est bel et bien un homme et aura quand même obtenu deux top10. Le jeu de mot était facile et sera mon clin d’œil aux commentateurs d’AB Moteurs !

 

Robert « Red » Byron

 

Voilà s’achève ici le récit de la saison 1949. Rendez-vous d’ici peu pour la saison 1950.

 

 

© 2006

 

Bibliographie :

 

  • Forty Years of Stock Car Racing: Vol1: The beginning 1949-1958. (Greg Fielden, édition The Galfield Press)

  • The complete Statistical History of Stock-Car Racing: Records, Streaks, Oddities, & Trivia (Richard Sowers, édition David Bull)

  • NASCAR: The Early Years (édition UMI)

  • NASCAR official 1949 Yearbooks (édition NASCAR News Bureau)

  • The Charlotte New, 20 juin 1949 (article de Earl Kelley)

  • The American Stock Car (William Burt, édition MBI)

  • Daytona The Quest for Speed (Tom Tucker/Jim Tiller, édition The Daytona Beach News Journal).

  • Stock Car Racing Encyclopedia: The complete record of America’s most popular sport (Peter Goldenbock/Greg Fielden, édition MacMillan)

  • The Pittsburgh Tribune, 3 octobre 1949

  • The New York Yimes, 19 septembre 1949

  • Greg Fielden et Bob Latford (NASCAR Statistical Service) pour leurs documents personnels et m’avoir permit de consulter les archives officiels de la NASCAR.

  • The Charlotte Observer, 20 juin 1949

  • D’autres sources dans mes lectures passées à la fois « papiers » et « Internet » ayant constitué la base de mes archives personnelles.



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