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Un peu d’histoire: (15) Un pilote, une écrivain.

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Terry O'Connell / J.T. Hayes

 

Drôle d’histoire que celle que je vais vous conter aujourd’hui. Elle se déroule en 1990 à une époque ou la NASCAR n’avait pas encore atteint son apogée médiatique et bien avant la mise en place de tout programme dans la veine du D4D (Drive For Diversity) pour permettre aux minorités (femmes et tous les «gens de couleurs ») d’atteindre les plus hautes divisions de la NASCAR. Un programme ou les transsexuels auraient sans doute une place de nos jours. Non pas grâce à l’ouverture d’esprit des gens en forte augmentation mais à la peur de ces mêmes gens d’être mal vus s’ils montraient ostensiblement leur « dégoût » vis-à-vis des différences au grand jour. C’est plus une attitude du politiquement correct que la NASCAR a elle-même voulu avancer pour couper l’herbe sous les pieds de ses détracteurs qui « osaient » dire qu’elle était élitiste en étant « pro américano blanche »…

Enfin quittons ce vrai / faux débat pour partir à la découverte d’un homme, un vrai ? Non un faux ! Enfin on sait plus trop finalement !

Nous sommes en 1990 au mois de mars quand J.T. Hayes (James Terrel Hayes, né le 29 juillet 1962 à Corinth, MS) fait ses débuts en Winston Cup (actuelle Sprint Cup) à Rockingham sur le North Carolina Speedway en Caroline du Nord comme son nom l’indique. Il a les cheveux roux comme Bill Elliott mais contrairement à ce dernier il ne parviendra jamais à attirer la sympathie des fans de NASCAR. Le 4 mars à lieu la troisième course de la saison et Hayes a trouvé un volant chez Junie Donlavey grâce à un sponsor « Crossroad City of Corinth ». De fait Donlavey engage chose inhabituelle pour lui une seconde voiture en plus de sa #90 traditionnelle. Il s’agit d’une seconde Ford Thunderbird portant le #91. Pour faire simple il s’agit de la backup car du pilote de la #90 Ernie Irvan. La consigne est simple. Hayes pilote la voiture #91 mais en cas de destruction de la #90 il cédera sa #91 qui redeviendra la voiture de réserve pour Irvan. Chose qui n’arrivera pas heureusement.

Il n’y a que 38 engagés pour 40 places disponibles sur la grille de départ. Cela tombe bien pour J.T. Hayes qui du coup sauf casse de la #90 est assuré de prendre part à la course, sa première en carrière en Cup. En qualification il démontre son talent en signant le 38ème et dernier chrono, très loin du 37ème (plus d’une seconde) et à plus de 3 secondes du poleman Kyle Petty !!! Un écart immense sur une piste de 1.017 mile soit 1636 mètres de long ! Peu importe il est qualifié.

En course il va se traîner lamentablement en fin de peloton et vite se faire rattraper par les leaders. C’est à ce moment là au 10ème tour que les officiels de la NASCAR lui présente le drapeau noir d’exclusion de la course. La raison ? Une vitesse insuffisante en piste. Pourtant à l’époque la règle des 110% n’existe pas encore officiellement vu qu’elle ne sera introduite qu’en 1994. Il sera donc classé 38ème et dernier d’une course remportée par Kyle Petty en gagnant au passage $2,700.

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J.T. Hayes en action à Rockingham.

Voilà s’arrête ici la carrière de J.T. Hayes en NASCAR. Notons qu’il n’a jamais fait d’autres courses dans une des deux séries nationales (à l’époque la Camping World Truck Series n’existait pas encore) ni même dans une série régionale majeur de stock car en NASCAR (West et East). Il a bien roulé dans des séries mineures de Late Models mais sans le moindre succès. L’essentiel de sa carrière il la fera en Sprint Car (les Midgets) et en Go-Karts remportant quand même plus de 500 courses régionales.

Mais J.T. ne se sent pas bien dans ce corps d’homme et ce depuis son plus jeune âge. En effet tout jeune il avait deux idoles. A.J. Foyt comme pilote mais il voulait ressembler à Marylin Monroe ! Il désire de plus en plus devenir une femme. La science et la chirurgie ne cesse de faire des progrès mais une opération est fort onéreuse. Il met donc ses faibles gains de courses de côté dans l’optique de réunir la somme nécessaire à une opération visant à le transformer en femme.

Il faut signaler que pour un garçon le jeune J.T. est plutôt chétif en plus d’être petit. Dans son quartier il n’y a que des garçons de son âge et quand il joue au ballon avec il est souvent victime de moquerie (faible comme une fille,…) Pourtant son père lui apprend malgré tout la mécanique dans le garage familiale. Son père étant pilote de course en dirt track sur une piste locale. Sa mère décidera de l’inscrire dans des cours de sports pour l’endurcir physiquement. Mais aux cours de gym la vie était difficile surtout dans les vestiaires avec les autres garçons. Les enfants sont cruels c’est bien connu. Lors de son inscription en 8ème année une fille l’apostrophe alors qu’il est en short et lui fait des éloges sur la beauté de ses jambes. Plus belles que celles de la plupart des filles. Un coup très dur à avaler pour lui. Il le savait mais ne voulait pas dans son fort intérieur que d’autres le remarquent aussi. Durant son adolescence il se cache dans sa chambre pour se maquiller et s’habiller en fille. Une période très dure de sa vie surtout dans un état des USA fort sectaire, de droite et Pentecôtiste ! Un enfer d’après lui. Le fait qu’il fasse un peu de mécanique sur la voiture de son père au milieu de tous ses hommes bourrés de testostérones lui accordant quand même un certain regard bien veillant. Quand il s’est mis à rouler en karting à l’âge de 10 ans puis en Midget il devait sans cesse changer de circuit ou d’écurie car les rumeurs sur sa « féminité » le rattrapaient sans cesse et à chaque fois c’était le début des railleries et même de l’exclusion. Même le fait de gagner des courses ne lui donnait pas la possibilité de recevoir la sympathie des gens. Sa « tare » était trop importante à leurs yeux. Même ses parents avaient « honte » de lui, pas de son apparence mais des questions qu’il leur posait et de son comportement « caché » lorsqu’il se « déguisait » en fille dans sa chambre.

Suite à un accident en Sprint Car à Little Rock, Arkansas, en 1991 lors d’une course de Sprint Car il décide à passer le cap Il s’est retrouvé sur le toit, le moteur rugissant encore et l’essence se répandant sur lui. La peur de se voir mourir brûler vif lui fit comprendre une chose. Ne t’occupe pas de ce que les gens pensent, vit ta vie comme tu en a envie, pour te sentir bien avec ton corps et ton esprit. Il décide de quitter la maison familiale quand alors qu’il évoquait sa future opération son père cria : « oh mon dieu mais tu es devenu fou ? ». Après avoir pensé à se suicider, il se dirige en Californie chez des amis, état plus tolérant avec les transsexuels, en proposant déjà aux gens une apparence féminine après s’être laissé pousser les cheveux, avoir pris des hormones pour développer sa poitrine,… et il y rencontre son petit ami. Il réussit malgré tout à relancer sa carrière dans la course pour remporter l’argent qu’il lui manque encore. Cela dit Hayes doit s’habiller en se cachant au maximum, cacher au maximum ses cheveux longs soignés sous une casquette de baseball rivée sur la tête, pantalon plus large et surtout appliquer un bandage serrant autour de sa poitrine sur développée pour homme histoire de se faire accepter dans le monde de la course automobile. Alors qu’il remporte une victoire en Midget le jour de la fête des pères il téléphone à son père pour lui annoncer la bonne nouvelle mais ce dernier lui raccroche au nez. Sans doute sous l’influence de ses amis il a prit la décision de ne plus avoir de contact avec son fils. Il reviendra finalement sur sa décision et soutiendra J.T. durant toute sa transformation. En plus de ses gains de courses il décide de vendre une partie des biens familiaux. Convainquant par exemple son père Jimmy, ancien pilote de course, à vendre son ancienne voiture de course malgré sa réaction première quand il avait dit « oh mon dieu mais tu es devenu fou ? ». Il faut dire que sa mère qui elle l’a toujours soutenu avait dit à son père qu’elle le tuerait s’il ne revenait pas sur sa décision. Il a presque réunit la somme nécessaire.

Finalement c’est le 11 mars 1992, soit le lendemain de sa dernière course de Midget courue à Memphis, il se rend au volant de sa Mazda Miata à l’hôpital Mount San Rafael Hospital à Trinidad dans le Colorado où il va se faire opérer pendant près de cinq heures et ce pour plus de $100,000, non remboursé bien évidemment. Sa transformation pour changer de sexe grâce à la chirurgie a fonctionné. Ses parents, surtout son père, auront plus de mal par contre à accepter qu’il vive avec un garçon. Son père étant fort sensible aux regards que les autres portent sur lui, le père d’un « monstre ». L’ambiance est tellement pourrie à la maison qu’il décide de s’en aller vivre à Charlotte, NC, dans l’espoir aussi de retrouver du boulot dans la NASCAR. En 1994 alors qu’il est déjà physiquement devenu une femme et après de longues démarches administratives il obtient enfin son statut officiel de femme aux yeux de l’état. C’est cette année là aussi que son père lui rend visite à Noël pour enterrer la hache de guerre. Il deviendra même ami avec le compagnon de « sa fille », ce trouvant même une passion commune, chiner sur les brocantes. A cette occasion il prit le nom de Terri O’Connell. Alors qu’il refaisait sa vie à Charlotte dans la vente dans un centre commercial et qu’il courait de nouveau en Sprint Car, son histoire apparut dans la presse locale. Il vivait ici très bien car personne ne connaissait son passé. Une fois au grand jour la vie redevint plus dur. Pire encore alors qu’il espérait refaire surface et réaliser son rêve de piloter en NASCAR de nouveau il du faire face à un terrible coup du sort. La NASCAR alors en pleine expansion signait contrat sur contrat avec les sponsors et les TV (FOX à l’époque) et cette histoire risquait de lui faire une mauvaise publicité. Les dirigeants de la NASCAR décidèrent de prendre la décision ultime. Le bannir de tout ce qui avait un rapport officiel avec la NASCAR (voir plus bas). Terry O’Connell retourna vivre à Corinth avec sa mère. Il enfin elle continua même de piloter un peu en endurance (sur Porsche et BMW entre autres) et écrivit un livre racontant sa vie (Dangerous Curves) en 2007 et projeta même de créer une ligne de vêtements destinées aux femmes fans de NASCAR. Elle aurait même du participer à une course d’IRL en 1997 à Las Vegas mais les fans hurlèrent au scandale en apprenant son inscription et les sponsors décidèrent finalement de rompre leur contrat. C’est Mike Shank qui prendra sa place dans la voiture.

Signalons enfin que la NASCAR lui retira sa licence générale en février 1995, lui interdisant de la sorte de prendre part à n’importe quel championnat badgé NASCAR. Mais encouragé par son compagnon Ray, lui aussi impliqué dans le monde de la NASCAR il décida de porter plainte. Sa plainte fut retenue et la NASCAR du lui rendre sa licence. Son dernier contact avec le monde du stock car eu lieu en 1996 lors d’un test privé à bord d’un Truck. Il aurait du faire ses débuts en course en juin 1996. Mais curieusement les sponsors le fuyaient dès que le mot NASCAR était énoncé. Pourquoi ? Sans aucun doute à cause de pressions exercées par la NASCAR. A l’époque il fallait un budget de $100,000 à $150,000 pour faire une course en truck pour un pilote payant. Somme que Terry n’arriva jamais à rassembler sauf une fois mais le deal ne fut pas conclu avec l’écurie qui avait d’abord accepté tacitement. Il reçu beaucoup d’encouragements de la part de femmes mais quasi jamais le moindre de la part des hommes. L’esprit redneck est encore trop présent en NASCAR d’après elle. Ensuite elle n’aura plus jamais de contact avec la NASCAR.

Aujourd’hui si une histoire pareille arrivait la NASCAR n’oserait sans doute plus interdire l’accès à ses compétitions à une personne ayant changé de sexe de peur de se faire houspiller publiquement ce qui serait une mauvaise publicité. Autre époque, autres mœurs. Pourtant c’était il y a moins de 20 ans !

Et pourquoi pas envisager même la création d’une écurie Transgender Motorsports ? Qui aurait pour logo celui de la ligue des droits pour les transsexuels ?

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A bientôt pour une nouvelle histoire.

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